La présente note vise à :
• analyser les risques stratégiques, politiques et institutionnels induits par les réformes en cours au sein de l’Autorité de Régulation Pharmaceutique (ARP) ;
• apprécier leur impact macroéconomique et souverain ;
• proposer une lecture stratégique permettant à l’Exécutif d’anticiper les réactions, résistances et tentatives de déstabilisation potentielles.
II. CONTEXTE GÉNÉRAL
Le marché pharmaceutique sénégalais est estimé à 300 milliards de FCFA par an, dont :
• 95 % importés (≈ 285 milliards FCFA),
• 5 % produits localement (≈ 15 milliards FCFA).
Cette dépendance structurelle expose le pays à :
• des ruptures d’approvisionnement,
• des chocs exogènes (logistiques, géopolitiques, inflation importée),
• une perte de souveraineté sanitaire.
Dans ce contexte, l’Agenda Sénégal 2050 a inscrit la souveraineté pharmaceutique et la relance de l’industrie locale comme priorités nationales.
Les réformes engagées par la nouvelle Direction générale de l’ARP constituent la première traduction opérationnelle structurée de cette orientation stratégique.
III. MESURES STRUCTURANTES ENGAGÉES PAR L’ARP
Les principales actions mises en œuvre sont les suivantes :
1. Renforcement de l’inspection pharmaceutique, en coordination avec les Forces de Défense et de Sécurité :
• saisies et sanctions représentant plus de 5 milliards FCFA.
2. Protection du marché intérieur par la régulation des importations concurrentes des produits fabriqués localement :
• gain estimé entre 15 et 30 milliards FCFA pour l’industrie nationale.
3. Réforme des importations dites “hors visa” :
• recentrage sous la responsabilité des grossistes distributeurs agréés,
• marché assaini d’environ 3 milliards FCFA par an.
4. Réorientation stratégique des circuits logistiques internationaux :
• passage du schéma Asie–Europe–Afrique vers Asie–Afrique,
• économies potentielles de 40 % sur le coût du médicament,
• gain macroéconomique estimé à 120 milliards FCFA par an.
5. Assainissement interne de l’ARP :
• arrêt de pratiques de corruption liées aux licences, AMM et autorisations,
• économies estimées à 2 milliards FCFA par an.
IV. LECTURE STRATÉGIQUE DES RISQUES
1. Risque politique (niveau : très élevé)
Les réformes modifient profondément la répartition des rentes économiques sur un volume annuel dépassant 150 milliards FCFA.
👉 Cela affecte :
• des opérateurs économiques historiquement dominants,
• des réseaux d’importation transnationaux,
• des intérêts installés, parfois connectés à des relais politiques ou médiatiques.
Risque identifié :
• tentatives de délégitimation politique du leadership de l’ARP,
• pressions pour ralentir, neutraliser ou réorienter les réformes.
2. Risque économique et de lobbying (niveau : très élevé)
La perte cumulée de rentes pour certains acteurs est significative :
• saisies,
• marges logistiques,
• circuits parallèles,
• avantages indus liés à l’opacité réglementaire.
Risque identifié :
• structuration de lobbies hostiles,
• financement de campagnes d’influence contre l’ARP,
• instrumentalisation de discours sur la “pénurie” ou la “hausse des prix”.
3. Risque juridique et procédural (niveau : élevé)
Les décisions de l’ARP peuvent faire l’objet :
• de recours contentieux multiples,
• de contestations procédurales,
• de stratégies dilatoires.
Objectif réel :
• ralentir l’action publique,
• créer une insécurité juridique,
• user l’institution.
4. Risque institutionnel interne (niveau : élevé)
La rupture avec certaines pratiques anciennes peut générer :
• résistances passives internes,
• fuites d’informations,
• ralentissements administratifs volontaires…






